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La citation du titre est de Sainte Catherine de Sienne.

 

En ce temps de Carême, nous sommes, chacun d'entre nous, appelés à redoubler d'efforts de pénitence et de sacrifice, à discerner nos manques, nos fautes, nos péchés et à nous corriger afin de progresser sur le chemin de la perfection.

L'orgueil est l'adversaire par excellence de la perfection, il est le "premier des péchés et le principe de tous les autres", car il a pour effet direct de nous détourner de Dieu, tandis que les autres nous en séparent seulement par voie de conséquence. (S. Thomas, Somme Théologique, IIa IIae, q. CLXII, a.7)
"... non seulement l'orgueil est le commencement de tout péché, mais encore il corrompt les vertus qu'il rencontre dans l'âme : il détruit le mérite du bien accompli, et fait perdre tout le bénéfice de ses prières, de ses pénitences, de ses aumônes à celui que ces oeuvres remplissent intérieurement d'une secrète vanité." (Dom Monléon)

Le texte qui suit est extrait de Thérapeutique des maladies spirituelles de Jean-Claude Larchet, théologien orthodoxe et auteur de nombreuses études consacrées à la théologie et à la spiritualité des Pères et d'une quinzaine d'ouvrages dont Théologie de la maladie, Thérapeutique des malades mentales, Le chrétien devant la maladie, La souffrance et la mort et L'inconscient spirituel.

 

[[ Avant lecture de l'extrait, une définition du terme cénodoxie s'impose :

kenodoxia en grec signifie vanité. La vanité est l'amour désordonné de l'estime des autres. Elle se distingue de l'orgueil qui se complaît dans sa propre excellence, mais généralement elle découle de celui-ci. Le désordre consiste donc à vouloir être estimé pour soi-même, sans renvoyer cet honneur à Dieu qui a mis en nous tout ce qu'il y a de bon ; ou à vouloir être estimé pour des choses vaines qui ne méritent pas la louange ; ou enfin à rechercher l'estime de ceux dont le jugement n'a pas de valeur, des mondains, par exemple, qui n'apprécient que les choses vaines.]]

 

"...  Celui qui veut vaincre la cénodoxie doit non seulement cacher son ascèse, ses vertus et sa sagesse éventuelles, mais encore ne pas cacher ses fautes aux autres, à condition cependant que cela ne leur cause pas de tort. Saint Jean Climaque conseille dans cette perspective : "Ne cache pas une faute humiliante sous prétexte d'éviter le scandale ; cependant, il n'est peut-être pas à propos d'user de ce remède dans tous les cas ; cela dépend de la nature de la faute." D'une manière générale, et c'est là un remède fondamental contre la cénodoxie, l'homme doit accepter d'être humilié, et même rechercher ce qui est susceptible de lui valoir le mépris. "Le commencement de la victoire sur la cénodoxie est [...] l'amour des humiliations", écrit saint Jean Climaque. Aussi un Ancien conseille-t-il : si le diable "vient à t'égarer dans la cénodoxie, fais une action ou prends devant les hommes une attitude telle qu'ils te méprisent. Car sache-le bien, Satan n'est jamais désolé comme lorsque l'homme désire l'humiliation et le mépris." Et saint Jean Climaque note que "Dieu se réjouit quand il nous voit courir au-devant des humiliations, pour réprimer, frapper et anéantir la vaine estime de nous-mêmes". Le même révèle que certains higoumènes ou Pères spirituels sont amenés à humilier ceux qui ne le font pas par eux-mêmes, dans le but de les guérir de la cénodoxie : "Ayant remarqué que certains aimaient à se montrer quand des séculiers venaient au monastère, le médecin leur infligeait devant les visiteurs les plus graves injures et leur enjoignait les services les plus humiliants." L'humiliation comme le note encore saint Jean Climaque : "Le Seigneur ramène souvent les vaniteux à l'absence de vaine gloire au moyen de quelque humiliation qui leur arrive."

Aussi l'homme doit-il voir dans les diverses humiliations qu'il subit (mépris, injures, etc) des remèdes providentiels, et dans celui qui l'a affligé, lésé, méprisé ou insulté, comme un médecin qui lui a révélé sa maladie et lui a apporté les moyens de guérir de la cénodoxie. Ainsi un Père conseille : "Si quelqu'un garde le souvenir du frère qui l'a affligé, lésé ou insulté, il doit se souvenir de lui comme d'un médecin envoyé par le Christ et le considérer comme un bienfaiteur. Car si tu t'affliges en ces circonstances, c'est que ton âme est malade. En effet, si tu n'étais pas malade, tu ne souffrirais pas. Tu dois donc rendre grâce à ce frère puisque grâce à lui, tu connais la maladie, prier pour lui et recevoir ce qui vient de lui comme des remèdes qui te sont envoyés par le Seigneur. Si, au contraire tu es fâché contre lui, c'est comme si tu disais à Jésus : "Je ne veux pas recevoir tes remèdes, je préfère que la gangrène se mette dans mes blessures." Et plus loin : "Si tu veux être guéri de ces terribles blessures de l'âme, tu dois supporter ce que t'impose le médecin. Ce n'est pas en effet avec plaisir que celui est malade dans son corps subit une amputation ou prend une purge ; il en garde même un mauvais souvenir, et cependant, persuadé que sans ces traitements il ne peut être délivré de sa maladie, il supporte ce que lui impose le médecin. Il sait que par une petit désagrément, il sera délivré d'une longue maladie. Le cautère de Jésus, c'est celui qui, en t'insultant ou en te causant du tort, te délivre de la vaine gloire." Le même dit en ce qui le concerne : "Je n'accuse pas ceux qui me font des reproches mais je les nomme mes bienfaiteurs et je ne repousse pas le médecin des âmes qui apporte un remède humiliant à mon âme impure et orgueilleuse.

Le signe que l'homme est guéri de la cénodoxie, c'est qu'il n'éprouve plus de peine à être humilié en public, ni n'a plus de rancune à l'encontre de celui qui l'a offensé, méprisé, insulté, qui a dit ou dit encore du mal de lui, mais au contraire lui rend grâce comme à un bienfaiteur, à l'exemple de l'Ancien précédemment cité. On peut entendre dans cette perspective l'affirmation de saint Maxime que "l'amour du prochain [...] rend indifférent à la gloire".

Assumer, et même rechercher les humiliations guérit l'homme de la cénodoxie en tant qu'elle recherche la gloire mondaine, l'admiration ou seulement l'estime des autres. Mais la cénodoxie est aussi une passion par laquelle l'homme s'estime, s'admire et s'honore lui-même, et se glorifie à ses propres yeux. Pour la combattre à ce niveau, l'homme doit tout d'abord ignorer son ascèse et ses vertus, cacher à ses propres yeux ce qu'il a de bon en lui et ce qu'il a fait de bien. Saint Jean Chrysostome fait remarquer que le Christ, "après avoir blâmé la vanité [...] apporte le remède à une âme frappée de ce mal [en commandant] : [...] "que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite" (Mt 6,3)."

Lors même qu'il aurait accompli toute la volonté de Dieu, l'homme devrait, comme le recommande le Christ (Lc 17,10), se considérer comme un serviteur inutile, qui n'a fait rien de plus que ce qu'il devait faire : c'est là encore un moyen donné par les Pères pour éviter la cénodoxie.

Mais bien avant cela, l'homme doit examiner sa conscience et considérer combien il est éloigné d'avoir accompli tous les commandements. Avant cela encore, il doit se souvenir de se péchés et les pleurer, ce qui coupera court à la cénodoxie aussi bien par rapport à lui-même que par rapport à autrui. "Si nous ne perdons pas de vue nos péchés, les biens extérieurs ne pourront jamais enfler nos âmes. Les richesses, la puissance, le rang suprême, les dignités, les honneurs n'auront sur nous aucune influence", fait remarquer saint Jean Chrysostome. Et saint Jean Climaque conseille : "Quand nos flatteurs [...] commencent à nous louer, remettons-nous brièvement en mémoire la multitude de nos péchés, et nous nous reconnaîtrons indignes de ce qui se dit ou se fait en notre honneur.."

Notons enfin le rôle essentiel que joue la prière dans la guérison de la cénodoxie comme de toute passion. Par la prière, l'homme reçoit de Dieu l'aide sans laquelle il reste impuissant à vaincre quelque passion que ce soit. Mais dans le cas de la cénodoxie, il reçoit en outre le discernement qui lui est nécessaire à déjouer tous les pièges qu'elle lui tend. La prière lui permet également de se détacher de ce monde que la cénodoxie a pour objet, et de s'attacher à Dieu. Elle lui permet enfin de glorifier Dieu en reconnaissant qu'"à Lui reviennent toute gloire, honneur et adoration".

Nous avons remarqué que la gloire qui vient des hommes et la gloire qui vient de Dieu sont antagonistes et exclusives l'une de l'autre. Si l'homme doit renoncer à toute gloire humaine, c'est afin d'avoir accès à la gloire divine à laquelle le destine sa nature. Tant qu'il reste attaché à la gloire terrestre il ne peut aucunement goûter à la gloire céleste. "Comme le feu n'engendre pas la neige, ainsi ceux qui cherchent la gloire ici-bas n'en jouiront pas là-haut", note saint Jean Climaque. C'est pourquoi l'humiliation est la voie obligée, la condition indispensable pour participer à la gloire divine. C'est dans ce sens qu'un Ancien conseille : "Si tu veux être connu de Dieu, sois ignoré des hommes."

(...)

Plus l'homme tend à la gloire divine, plus il se désintéresse de la gloire qui vient des hommes. C'est pourquoi l'amour de Dieu et de Sa gloire apparaît comme un moyen de délivrer l'âme de la cénodoxie.

(...)

Le Christ Lui-Même S'attache à signaler les conséquences néfastes de l'orgueil, disant à plusieurs reprises :

"Quiconque s'élève sera abaissé" (Mt 18,14 ; Lc 23,12) et indiquant que le pharisien, malgré ses vertus, ne serait pas justifié à cause de son orgueil (cf Lc 18,9-14) 

 

 

Pour notre part, nous vous recommandons quelques moyens de discernement et remèdes :

- un directeur spirituel

- la prière (en particulier les Litanies de l'humilité
  http://laportelatine.org/prieres/prieres/humilite/humilite.php )

- le Sacrement de Pénitence

- saintes lectures ; à titre d'exemple, Les instruments de la perfection ou Les XII degrés de l'humilité de Dom Monléon

 

 

 

Tag(s) : #Ouvrages - Presse, #Liturgie Doctrine

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