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Le 14 août se leva tristement pour les petits reclus, dans le logis de l'Administrateur de Vila Nova de Ourem. Jacinthe, plus que les autres, souffrait de l'absence de sa mère. Mais patience !... Ils joignirent les mains, et demandèrent à la Vierge la force nécessaire lui demeurer toujours fidèles.

Les fatigants interrogatoires commencèrent bientôt. D'abord une vieille femme fit tous ses efforts pour leur arracher le fameux secret. Vers 10 heures, ils furent conduits au bureau de l'Administration. Sur le chemin, ils rencontrèrent un bon prêtre, qui ne les connaissait pas encore, l'Abbé Louis de Andrade e Silva, dont ils baisèrent la main, et à qui Lucie raconta avec simplicité ce qui s'était passé la veille. Au bureau de l'Administration, l'interrogatoire fut serré. Mais, ni les menaces, ni les promesses, n'aboutirent à faire avouer aux enfants ce qu'on désirait obtenir d'eux. Ni les pièces d'or que le l'Administrateur faisait tinter sur sa table, ni une belle chaîne d'or qu'on leur mettait sous les yeux, ne parvinrent à ébranler l'extraordinaire force morale dont ils faisaient preuve.

Au moment du déjeuner, ils furent reconduits à la maison de l'Administrateur, où, de nouveau, la femme de celui-ci ne les laissa manquer de rien. L'après-midi, nouveaux interrogatoires, et nouveaux supplices pour les pauvres petits.

C'est alors qu'on les mit dans la prison publique, en leur disant qu'ils y resteraient, jusqu'au moment où on les jetterait dans une chaudière d'huile bouillante. Ils passèrent là plusieurs heures, le coeur serré, dans l'attente d'une mort cruelle. La plus petite surtout ne pouvait retenir ses larmes. Cherchant à les dissimuler, elle se retira vers la fenêtre qui donnait sur la place. Lucie, plus courageuse, mais le coeur rempli de compassion pour ses petits cousins, s'approcha d'elle et lui demanda : "Pourquoi pleures-tu, Jacinthe ? - Parce que nous allons mourir sans revoir nos parents. Ni les tiens ni les miens ne viendront nous voir. Ils ne se soucient plus de nous !.. Je voudrais revoir au moins ma mère !" Mais François, déjà mûri par la souffrance cherche à consoler aussi sa petite soeur : "Ne pleure pas ! lui dit-il. Nous allons offrir ce sacrifice pour la conversion des pécheurs !" Alors Jacinthe, reprenant courage, ne veut oublier aucune des intentions recommandés par la T. S. Vierge. Elle ajoute : "C'est aussi pour le Saint-Père, et en réparation des offenses commises contre le Coeur Immaculé de Marie !"

 

Même un coeur de pierre se serait laissé attendrir par cette scène touchante. Les autres prisonniers entourent les enfants, et émus de compassion, c'est à qui cherchera à les consoler ou à les détourner des résolutions qu'ils ont prises, et qui sont la cause de leur emprisonnement : "Mais dites donc à M. l'Administrateur ce secret ! Qu'importe que cette Dame ne le veuille pas ! - Non, pas cela ! dit Jacinthe pour couper court à de tels propos. Nous aimons mieux mourir !" Et le visage de la petite s'illumine d'une manière si singulière, que cette clarté ne peut manquer de jeter une lueur dans ces esprits aveugles à la lumière de la foi. Une joie sereine brille aussi dans les regards de Lucie et de François, et, pour quelques instants, ils en oublient leur emprisonnement. Mais ce n'est là qu'un rayon de soleil fugitif dans un jour d'hiver, et, bientôt , de nouveau, des larmes brillent dans les yeux de Jacinthe, qui ne peut se faire à l'idée de mourir sans avoir reva sa mère.

De nouveau, aussi, les autres prisonniers cherchent à les consoler. Ils ne peuvent supporter de voir pleurer ces innocents, et, pour les distraire, ils se mettent à chanter et à danser, d'autant plus que l'un d'eux a un accordéon. Bientôt Jacinthe, s'essuyant les yeux, accepte de danser avec un prisonnier. Mais la disproportion est si grande entre le cavalier et sa dame, qu'à un moment donné, celui-ci la soulève comme une plume, et continue à danser le "fandango" en la tenant dans ses bras. Jacinthe, cependant, ne pouvait demeurer longtemps sans se souvenir de la belle Dame et de ses recommandations. Et, certes, la danse n'était pas la meilleure préparation pour aller au Ciel. Aussi, dès que le prisonnier l'eût remise sur ses pieds, elle tira la médaille qui était suspendue à son cou, et demanda à celui-ci de vouloir bien la suspendre à un clou qui se trouvait dans le mur.

Elle se mit alors à genoux, imitée aussitôt par son frère et sa cousine, et commença à réciter le chapelet. Machinalement, les autres prisonniers s'agenouillèrent aussi, et, comme l'un d'entre eux était resté la tête couverte, François se leva, s'approcha de lui, et lui dit : "Quand on prie, on ne garde pas son chapeau sur la tête". Avec un geste d'impatience, l'homme jeta son chapeau à terre. Mais le petit le ramassa délicatement, et le mit sur un banc. Comme ce chapelet, récité avec tant de ferveur, par les trois enfants, pour la conversion des pécheurs, dut plaire à la Reine du Ciel ! Et l'on peut penser que leurs compagnons de captivité furent les premiers à en bénéficier.

Soudain un bruit se fit entendre au dehors et les enfants sentirent leur coeur battre plus fort. Un gendarme entra, et leur donna sèchement l'ordre de le suivre. A sa suite, ils se rendirent au bureau de l'Administration, où ils furent, une fois de plus torturés de questions. C'était surtout le secret que Artur de Oliveira Santos voulait à tout prix savoir. En présence des enfants, il donna l'ordre de mettre de l'huile dans une chaudière, de la faire bouillir, et d'y jeter, pour les faire frire, les entêtés qui ne voulaient pas révéler le secret. Il les fit enfermer, en attendant, dans une pièce voisine.

La première qu'on appela fut Jacinthe, qui, promptement, se dirigea vers le lieu du supplice, sans même dire adieu à son frère et sa cousine. "L'huile est en train de bouillir, lui dit l'Administrateur. Dis-moi le secret !... Sinon !..." Jacinthe se tait. "Allons, emmenez-la, et jetez-la dans la chaudière !" Un gendarme, d'aspect terrible, attrape par un bras la pauvres Jacinthe... et va l'enfermer dans une autre pièce. "Ah, Jésus !.. Notre-Dame, secourez-moi !" murmure la petite. Cependant elle tient bon. Une force surnaturelle l'empêche de faiblir.

Pendant l'interrogatoire de sa petite soeur, François, qui paraît avoir eu, plus encore que les deux autres, la nostalgie du Ciel, confie à Lucie : "S'ils nous tuent, comme ils disent, en un rien de temps nous sommes au Ciel... Oh, quel bonheur : Qu'importe le reste !.." Et quelques instants après : "Dieu veuille que Jacinthe n'ait pas peur ! Il vaut mieux que je dise un " Ave Maria" pour elle". En disant cela, il ôte son bonnet et se met à prier. Le gendarme qui est là, étonné de son attitude, lui demande : "Qu'est-ce que tu dis là ?" - Je suis en train de dire un "Ave Maria" pour que Jacinthe n'ait pas peur".

Quelques minutes se passent, qui paraissent des siècles. La porte s'ouvre de nouveau. Un gendarme se saisit de François, et le met en présence de l'Administrateur. "La première est déjà frite, dit celui-ci... A ton tour, maintenant !.. Allons, lâche le secret !.. Tout pâle, le petit le regarde en face, et lui répond : "Je ne peux pas, M. l'Administrateur ! Je ne peux le dire à personne. - Tu ne peux pas ?... Cela te regarde ! Emmenez-le ! dit-il au gendarme. Il aura le même sort que sa soeur". Une poigne vigoureuse s'abat sur l'enfant, pour qui la mort est plus une récompense qu'un châtiment. Mais, dans la pièce voisine, au lieu d'un foyer et d'une chaudière, il trouve sa petite soeur, saine et sauve, et toute souriante.

Lucie, maintenant toute seule, et bien convaincue que tout cela n'est pas une simple comédie, se recommande à sa céleste Protectrice, pour qu'Elle ne l'abandonne pas dans une heure si tragique. De fait, le pouvoir des ténèbres, qui n'a pu ébranler les deux plus faibles, ne pourra rien obtenir, non plus, de la forte et courageuse Lucie.

Quelques moments après, ils s'embrassaient tous les trois, pleins de joie d'avoir passé par l'épreuve du feu sans dommage. Agenouillés une fois de plus sur le sol, ils remerciaient de la protection la Dame de la Cova da Iria. Aucun d'eux n'avait cédé ! Notre-Dame devait être contente.

L'Administrateur, cependant, ne se tenait pas pour battu, et allait brûler ses dernières cartouches. De nouveau, un gendarme surgit devant les enfants, et leur que bientôt ils allaient être jetés, tous les trois ensemble, dans la chaudière bouillante. C'était une dernière épreuve à surmonter, et elle le serait encore une fois. Sans peur, forts de la force que leur communiquait la Vierge, ils attendaient l'heure du martyre tant désiré, qui leur ouvrirait pour toujours la porte du Ciel.

Mais la Vierge n'avait pas encore achevé l'oeuvre merveilleuse commencée par elle à la  Cova da Iria. Il faudrait encore d'autres souffrances pour ciseler ces âmes ingénues, et en faire des chefs d'oeuvre de la grâce divine. Le soir, revenus dans la maison de l'Administrateur, une allégresse nouvelle brillait sur le visage des trois petits Confesseurs de la foi.

Le jour suivant, qui était le 15 août, fête de l'Assomption, après quelques autres interrogatoires sans résultat, l'Administrateur, jugeant la partie perdu, mettait les enfants dans sa voiture, et les déposait de nouveau sur le perron de l'habitation du Curé de Fatima.

Extrait de l'ouvrage Témoignages sur les Apparitions de Fatima de R. Macchi

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