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(Introduction avant l'histoire : Hildebrand devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII. Ancien moine de Cluny, il s'est acquis une excellente réputation auprès des Romains en servant les papes précédents, Léon IX et Alexandre II. Il est proclamé pape par la foule romaine.
Le nouveau pape modifie profondément l'Église catholique pour la rendre plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des souverains. Grégoire VII commence par proscrire le mariage et le concubinage des prêtres puis condamne fermement la simonie. Il s'attelle ensuite à la formation des curés qui, trop souvent incultes, se souciaient assez peu d'évangéliser leurs ouailles.
Enfin, par vingt-sept propositions célèbres de 1075 (le Dictatus papae), il réserve au collège des cardinaux l'élection des papes.

Il condamne les investitures laïques, c'est-à-dire le droit qu'avaient les souverains de nommer les évêques. C'est à partir de son pontificat que le titre de "pape" 'est réservé à l'évêque de Rome. Grégoire VII est le premier pape couronné, Paul VI le dernier.  
http://amdg.over-blog.fr/article-le-lien-de-la-foi-79186195.html  )

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Extrait de l'ouvrage du Père Hunermann :
Histoire du Royaume de Dieu (tome 2)
aux Editions Pamphiliennes

Pendant la nuit de Noël de l'année 1075, le pape Grégoire VII, plongé dans une fervente prière, est agenouillé devant la crèche du Sauveur que l'on vénère dans l'église Sainte-Marie-Majeure. Avant de commencer le saint Sacrifice, il converse avec le Fils de Dieu nouveau-né.

« O Jésus, que de fois je T'ai supplié de m'appeler à Toi, si je suis incapable d'être utile à Ton Eglise, notre mère. La souffrance et la tristesse m'étreignent. Sous la tempête de milliers de voix, je vis dans les affres de la mort. Pourquoi ne m'as-Tu pas laissé la paix de ma cellule ? Pourquoi as-Tu enlacé Tes chaînes autour de mes mains et m'as-Tu conduit à une charge que je n'avais jamais cherchée et dont je ne serai jamais digne ? »

Grégoire cache son visage dans ses mains et s'abandonne à de douloureuses réflexions. Il pense à son enfance lorsque, à Soano, en Toscane, il passait à son père, un brave menuisier, le ciseau et le marteau, à l'heureux temps où son oncle, l'abbé de Santa Maria sur l'Aventin, l'avait revêtu de la robe monastique, précisément en cette malheureuse où un puissant parti de la noblesse avait élevé sur la charie de Saint Pierre l'indigne Théophylacte, sous le nom de Benoît IX. Les nouvelles relatives à sa vie pécheresse avaient pénétré jusque dans sa calme cellule ; le jeune garçon en avait été profondément affecté et son âme en avait été remplie d'horreur.

La révolte qui avait finalement balayé Benoît avait fait rage aussi autour des murs du monastère. Tout à coup, l'Eglise avait eu trois papes ; l'un d'eux était Jean Gratien, à qui ses parents avaient acheté la tiare pour cent livres d'argent. Comme pape, il avait pris le nom de Grégoire VI et il l'avait choisi, lui, le jeune moine Hildebrad, alors âgé de vingt-quatre ans, pour secrétaire. Par obéissance envers son abbé, il avait accepté cette charge et avait suivi Grégoire durant son pontificat semé d'épines.

(Par la suite, Hildebrand servira les papes Léon IX, Victor II et Etienne IX.)

Nicolas II fit de lui son archidiacre. C'est sous le règne de ce pape que l'élection pontificale fut réservée aux cardinaux. Il aida son successeur Alexandre II à remporter, après un dur combat, une voictoire définitive sur l'antipape Honorius II. Le 21 avril 1073, Alexandre mourut. Alors qu'on l'enterrait dans la basilique du Latran, tout à coup un cri retentit dans la maison de Dieu : « Hildebrand, évêque ! » La foule l'avait conduit, malgré sa vive résistance, dans l'église de Saint-Pierre-aux-liens, où les cardinaux, à l'unanimité, l'élurent pape.

- O Jésus, soupire Grégoire. -  Depuis cette journée pèse sur mes épaules un joug que je puis à peine endurer. » De tous les côtés où il porte ses regards, c'est l'obscurité. Une fissure traverse l'Eglise. L'Orient s'est séparé de l'Occident.

- O Seigneur, gémit le pape. - On T'a de nouveau attaché à la croix et on a, avec plus de cruauté que les soldats romains, brisé Tes membres et partagé Ta tunique.

Et l'Occident ? Et l'Italie ? Et Rome ? Des ennemis partout, pires que des juifs et des païens. Normands et Lombards serrent de près l'Eglise. Dans les murs de la ville, de puissantes familles nobles songent à la ruine du pape ; parmi elles, en premier lieu, Cenci, le fils du préfet de Rome, Etienne.

Et les évêques ? Et les prêtres ? Combien ont acheté leurs charges par une exécrable simonie. Combien, malgré toutes les interdictions, vivent de façon pécheresse dans le mariage.

Seigneur, comment ferai-je paître Ton troupeau, si ses pasteurs sont des mercenaires qui ne s'intéressent pas aux brebis ? » s'écrie Grégoire. - O Jésus, prends-moi avec Toi, cette nuit encore, si c'est Ta volonté. Que le calice passe loin de moi. Ou bien, envoie-moi l'ange consolateur qui me donnera la force de le boire. »

Les cierges s'allument sur l'autel. Un clerc lui annonce que c'est l'heure de commencer le saint Sacrifice.

C'est une nuit de tempête. La pluie frappe furieusement contre les vitres. La maison de Dieu n'est que faiblement remplie.

Le pape s'approche de l'autel, revêt les ornements sacrés et commence la messe de minuit.

Grégoire est en train de distribuer aux fidèles la sainte communion lorsque tout à coup une clameur se fait entendre dans l'église. Une horde sauvage d'hommes armés jusqu'aux dents fait irruption et abat tout ce qu'elle trouve sur son passage ; elle se précipite vers les grilles du choeur, où Grégoire a juste le temps de remettre le ciboire à un de ses assistants. Les armes à la main, les assaillants se ruent sur le pape. Un d'eux le blesse au front, d'autres le saisissent, le tirent par les cheveux, lui arrachent ses ornements, l'entraînent hors de l'église, le jettent sur un cheval, disparaissent avec lui dans la nuit et la tempête et l'enferment dans la tour de Cenci, près du Panthéon.

Un cri d'épouvante retentit à travers les rues de Rome. Les cloches sonnent le tocsin. Les prêtres, avec force lamentation voilent les autels, parés pour la fête.

Malgré la pluie qui tombe à torrents, le peuple se rassemble, s'arme de haches, de barres de fer et de gourdins, se précipite vers la tour du rebelle et réclame impétueusement la libération du prisonnier.

La pluie cesse. Des torches s'allument. La foule est de plus en plus dense devant la forteresse du sacrilège; Des coups de béliers ébranlent les portes. Des haches brisent les volets des fenêtres. De tous les côtés, on traîne des échelles pour donner l'assaut à la tour.

Finalement Cenci, qui ne voit plus de salut, cède et rend la liberté au pape. Mais le peuple veut le sang du rebelle. Avec peine, Grégoire apaise la colère de la foule furieuse et la supplie de ne pas profaner davantage cette sainte nuit ; il l'invite à le suivre à Sainte-Marie-Majeure, où il continue, le front bandé, le saint Sacrifice. Cette fois, la maison de Dieu est remplie jusqu'à la dernière place, et lorsque le pape la quitte, une foule en jubilation l'accompagne en triomphe jusqu'au Latran.

Cenci s'échappa de la ville. Mais sa tour fut démolie par le peuple en fureur et rasée jusqu'à terre. Quant au prestige du pape maltraité, il était plus grand que jamais auparavant.

(Plus tard) Le pape ordonne à son chapelain d'aller chercher de l'encre et une plume, puis il lui dicte, avec une ardeur fébrile, les principes directeurs de son programme :

« L'Eglise romaine seule a été fondée par le Seigneur.
Seul, l'évêque de Rome est légitimement appelé universel.
Seul, il peut déposer ou instituer des évêques.
Son légat, dans un concile, est au-dessus de tous les évêques.
On ne peut demeurer sous le même toit
que ceux qui ont été excommuniés par lui.
Il peut déposer l'empereur.
Il ne peut être jugé par personne.
L'Eglise romaine ne s'est jamais trompée et ,
au témoignage de l'Ecriture, ne pourra jamais se tromper.
Le pape peut délier les sujets du serment de fidélité prêté aux injustes »

 

Ces « dictatus papae – décret du pape – passèrent les Alpes avec une convocation adressée au roi Henri d'avoir à comparaître devant le tribunal ecclésiastique pour se laver du reproche de simonie..

La réponse arriva, alors que Grégoire, entouré de ses cardinaux, de nombreux évêques d'Italie, de France et de Bourgogne, tenait, dans la basilique du Latran, le synode de carême de 1076.

(à suivre)

Dictatus-papae.jpg

Tag(s) : #Liturgie Doctrine

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