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La déclaration de Jésus au Calvaire ne fera que confirmer cette vérité. Au moment même où notre rédemption va être complétée par la mort du Sauveur, celui-ci dit à Marie en lui montrant saint Jean : voici votre Fils, et à saint Jean lui-même, en désignant Marie : voici votre mère. Or saint Jean, le disciple que Jésus aimait, représente tous les vrais disciples du Maître ; tous deviennent donc les enfants spirituels de Marie.

En nous donnant la Sainte Vierge pour mère, Dieu, qui ne fait pas les choses à demi, lui donne pour nous un coeur vraiment maternel. Elle nous aimera comme les membres vivants de son divin Fils, de cet amour tendre, ardent, généreux qu'elle a pour Jésus.

Voilà pourquoi, selon Bossuet, Jésus a choisi pour promulguer ce rôle maternel de Marie, le moment où elle souffrait en son âme un véritable martyre, le moment où, par l'excès même de ses douleurs elle sentait mieux que jamais qu'elle était mère : « C'est pourquoi le Sauveur Jésus, qui voulait que sa mère fût aussi la nôtre, afin d'être notre frère en toute façon ; considérant du haut de sa croix combien son âme était attendrie, comme si c'eût été là qu'il l'eût attendue, il prit son temps de le lui dire, lui montrant saint Jean : « O femme, voilà votre fils »... ô femme affligée, à qui un amour infortuné fait éprouver maintenant jusques où peut aller la tendresse et la compassion d'une mère, cette même affection maternelle, qui se réveille si vivement en votre âme pour moi, ayez-la pour Jean, mon disciple bien-aimé : ayez-la pour tous mes fidèles, que je vous recommande en sa personne, parce qu'ils sont tous mes disciples et mes bien-aimés. Ce sont ces paroles qui imprimèrent au coeur de Marie une tendresse de mère pour tous les fidèles, comme pour ses véritables enfants ; car est-il rien de plus efficace sur le coeur de la Sainte Vierge que les paroles de Jésus mourant ? »

La Vierge-Mère n'oubliera pas que c'est au pied du Calvaire, au milieu des angoisses les plus douloureuses, qu'elle a été proclamée mère des hommes ; et s'il est vrai qu'une mère aime d'autant plus son enfant qu'il lui a coûté plus de larmes, quel amour, quelle tendresse, quel dévouement n'aura-t-elle pas pour ceux qui lui ont coûté le sang de son Fils bien-aimé ! Elle n'aura qu'une ambition, celle de former en nous l'image et les vertus de ce divin Fils, pour que, le retrouvant en nous, elle puisse l'aimer en nous, et pour que, rendus conformes à lui, nous puissions faire partie de son corps mystique et le rejoindre dans le ciel où il nous a précédés. Avec plus de vérité encore que saint Paul, elle pourra donc nous dire : « mes petits enfants, pour qui j'éprouve de nouveau les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous. »

Mais si tel est l'amour de Marie pour nous, quel ne doit pas être le nôtre pour cette mère si aimante et si aimable ? Puisqu'elle veut former en nous Jésus-Christ, laissons-nous façonner, bien plus coopérons activement avec elle ; elle nous donne Jésus, faisons-le vivre en notre âme en reproduisant en nous ses vertus, avec l'aide si puissante de notre mère.

C'est ce qu'expose si excellemment Bossuet et que je ne puis résister au plaisir de le citer, en priant le lecteur de méditer cette page éloquente : « C'est un Jésus-Christ qu'elle donne, rendons-lui un Jésus-Christ en nous-mêmes ; et faisons revivre en nos âmes ce Fils qu'elle perd pour l'amour de nous... Soyons donc chastes et pudiques, et Marie reconnaîtra Jésus-Christ en nous. Soyons humbles et obéissants, comme Jésus l'a été jusqu'à la mort ; ayons des coeurs tendres et les mains ouvertes pour les pauvres et les misérables ; oublions toutes les injures, comme Jésus les a oubliées jusqu'à laver dans son propre sang le crime de ses bourreaux. Quelle sera la joie de Marie, quand elle verra vivre Jésus-Christ en nous ; dans nos âmes par la charité, dans nos corps par la continence ; sur les yeux même et sur les visages par la retenue, par la modestie et par la simplicité chrétienne ! C'est alors que reconnaissant en nous Jésus-Christ par la pratique exacte de son Evangile, ses entrailles seront émues de cette vive représentation de son Bien-Aimé, et touchée jusque dans le coeur de cette sainte conformité, elle croira aimer Jésus-Christ en nous, et elle répandra sur nous toutes les douceurs de son affection maternelle. »

Et si parfois, violemment tentés par nos passions ou les séductions du monde, nous nous sentons vivement sollicités au mal et sur le point de succomber, « n'oublie pas, ajoute Bossuet, les gémissements de ta mère ; souviens-toi des pleurs de Marie et des incroyables douleurs qui ont déchiré son âme au Calvaire. Misérable, que veux-tu faire ? Veux-tu élever encore une croix, pour y attacher Jésus-Christ ? Veux-tu faire voir à Marie son Fils crucifié encore une fois, couronner sa tête d'épines, fouler aux pieds, à ses yeux, le sang du Nouveau Testament, et, par un si triste spectacle, rouvrir encore toutes les blessures de son amour maternel ?

Si même dans un moment de faiblesse et de lâcheté nous avons eu le malheur d'offenser Dieu, nous jetterons aussitôt vers cette mère de miséricorde un regard suppliant ; nous nous dirons, que malgré nos péchés, elle n'a pas cessé d'être notre mère, et qu'elle n'a qu'un désir, nous rendre à Jésus en nous enfantant de nouveau à la vie de la grâce. Elle n'oublie point que son Fils est venu sauver les pécheurs, qu'il a converti la Samaritaine, pardonné à la femme pécheresse, rendu son amitié à Pierre qui l'avait renié ; que, du haut de la croix, il a prié pour ses bourreaux et ouvert le paradis au larron pénitent. Entrant donc dans les sentiments de ce miséricordieux Sauveur, elle est le refuge assuré des pécheurs, toujours prête à plaider leur cause ; et elle le fait si efficacement qu'aucun pécheur n'a recours à elle sans éprouver la puissance de son intercession.

Il est donc bien vrai que Marie est pour la plus tendre, la plus généreuse, la plus miséricordieuse des mères, et que nous devons être pour elle des enfants reconnaissants, affectueux, confiants et dociles.

Notre conclusion sera celle de saint Stanislas de Kostka : La mère de Dieu est ma mère ! Elle est la mère de Dieu et par là même la plus parfaite des créatures, la fille bien-aimée du Père, son Associée dans l'oeuvre de l'Incarnation, et donc toute-puissante sur son coeur ; elle est la mère du Fils, et celui-ci ne peut rien lui refuser ; elle est le sanctuaire privilégié du Saint-Esprit, où il se plaît à communiquer toutes les grâces qu'elle lui demande. Elle est donc, nous dit saint Bernard, une toute-puissance d'intercession, omnipotentia supplex.

Et c'est elle qui est ma mère ! Elle m'aime comme un prolongement, un membre vivant de son Fils Bien-Aimé ; elle m'aime d'autant plus que je lui ai coûté plus de larmes, que je lui ai coûté le sang de son Fils ! Je l'aimerai donc, après Dieu, de toutes les forces de mon âme, j'aurai en elle une confiance filiale, je l'invoquerai comme une médiatrice de grâce.

(…)

C'est notre droit et notre devoir d'invoquer avec confiance notre Mère et notre Médiatrice.

Nous lui dirons donc avec saint Bernard :

 

« O Mère de la vie, ô Mère du salut,
que par vous nous soyons reçus de Celui qui par vous nous a été donné.
Que votre virginité nous justifie auprès de Lui 
de la faute de notre corruption
et que votre humilité si chère à Dieu
nous obtienne le pardon de notre orgueil !
Que votre abondante charité couvre la multitude de nos péchés
et que votre glorieuse fécondité
nous obtienne à nous la fécondité des mérites !
O notre Souveraine ! O notre Médiatrice,
réconciliez-nous avec votre Fils...
Faites que Celui qui par votre intermédiaire
a daigné participer à notre faiblesse et à notre misère,
nous rende aussi par votre intercession
participants de sa gloire et de sa béatitude ! »   

AD. TANQUEREY (Les dogmes générateurs de la piété)

marie-fatima-chapelet

Tag(s) : #Liturgie Doctrine

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