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(...) L'apôtre (Paul) passa ainsi deux ans, puis on le libéra, sans avoir du reste ouvert son procès. Et Paul se mit de nouveau en route, afin de gagner de nouvelles terres au Christ. On dit qu'il a porté l'Evangile jusque dans la lointaine Espagne.

Entre temps le fou vêtu de la pourpre impériale (Néron) se conduisait d'une manière toujours plus insensée. Il s'était de plus en plus détaché de l'influence de Sénèque. Se tenant pour le plus grand artiste et le plus grand poète de tous les temps, il s'était entouré d'une troupe d'écrivains licencieux auxquels il pardonnait tout, dès lors qu'ils estimaient ses vers supérieurs aux leurs. Toute la ville de Rome riait de lui sous cape, quand il paraissait au thééâtre et qu'il s'y faisait applaudir comme chanteur, joueur de harpe et de flûte. Il se produisait même comme conducteur de char et bien qu'un jour il fût tombé et n'eût pu continuer la course, il fut cependant décoré des lauriers de la victoire.

Il fit empoisonner son épouse Octavie, âgée de vingt-deux ans, pour prendre à sa place la fameuse Poppée. Il exigea les honneurs divins pour lui-même et ordonna de construire un temple, dans lequel on lui offrit des sacrifices.

Il se rendait sous un déguisement dans les tavernes les plus mal famées et dans les bouges les plus affreux. Dans les rues il attaquait les honnêtes femmes et fut même en une telle circonstance impitoyablement rossé par un mari irrité qui ne l'avait pas reconnu. A plusieurs reprises, il dut dévoiler son incognito pour éviter une arrestation par un e patrouille de la police. Tantôt il jouait des rengaines sur un orge hydraulique, tantôt il râclait les cordes d'une harpe, passant aussi la moitié des nuits à jouer de la flûte ou à composer une épopée sur la guerre de Troie.

Il voulut aussi se rendre immortel comme constructeur. Il projetait, en particulier, d'ériger un nouveau palais surpassant tous les autres en richesse et qui devait s'appeler « la maison dorée ».

« Il faudrait brûler toute la ville de Rome, pour que je puisse la reconstruire plus magnifique », confiait-il à ses courtisans. « Le coeur me lève, quand je vois ces ruelles infectes et tortueuses indignes de la résidence d'un dieu .

- Tu as raison, auguste prince, et tu ne te trompes jamais », répondit Tigellin, le préfet de la garde prétorienne. Et Néron le regarda longuement de ses yeux gris dans lesquels le courtisan crut lire un ordre.

Le 14 juillet 64, le feu prit subitement dans le quartier pauvre près du Circus Maximus. Le vent chassa les flammes vers le théâtre dont la charpente desséchée par le soleil brûla comme une torche. L'incendie fit rage rapidement à travers les rues étroites. Les gens se précipitaient, en poussant des cirs désespérés, hors des maisons qui s'écroulaient, pour gagner les bords du Tibre. Mais partout un mur de flammes interdisait toute sortie. Toute la ville basse n'était plus qu'une mer de feu dont des milliers d'habitants cherchaient vainement à s'échapper.

A la nouvelle du sinistre, Néron qui se trouvait à Antium, accourut à Rome, se rendit dans son palais gardé par la garde prétorienne et contempla l'incendie avec des yeux avides.

« C'est ainsi que Troie a dû brûler. Donnez-moi ma harpe. » Et, tandis que la foule lutte contre les flammes, en poussant des cris de désespoir, l'empereur chante, en s'accompagnant de son instrument, la ruine de sa capitale.

Le feu fit rage durant plusieurs jours. Des centaines de mille de personnes étaient sans abri et circulaient à travers les ruines fumantes, pour découvrir dans les cendres de leurs maisons quelques restes de leurs biens.

Des bruits dangereux se répandirent bientôt. Des gens prétendaient avoir vu des prétoriens lancer des torches dans les maisons et les boutiques en bois du Circus Maximus. Le peuple s'attroupa devant le palais, en levant des poings menaçants et en brandissant des bâtons.

« Incendiaire ! » criait-on à l'empereur qui, effrayé, se retira dans ses appartements, en laissant traîner derrière lui son manteau de pourpre brodé d'or.

« Que dois-je faire, mon bon Tigellin ? Demanda-t-il en bégayant au commandant de ses gardes. - Ils vont me tuer. C'est pourtant ridicule de m'attribuer la responsabilité de l'incendie. Ty sais bien que je n'étais pas à Rome, lorsqu'il a éclaté.

- Rejette la faute sur n'importe qui, répond l'officier en haussant les épaules. - par exemple sur les Juifs. Ils sont détestés dans toute la ville et chacun croira que ce sont eux qui ont allumé le feu.

- Les Juifs, dis-tu ? Non, je ne puis pas faire pareille chose à mon bon acteur Alityus. Poppée aussi, qui entretient les meilleures relations avec les Juifs, serait furieuse. Songe à autre chose, trouve une meilleure idée.

- Ces temps derniers, mes agents m'ont fait un rapport sur une certaine secte dite des chrétiens. Ils nient l'existence des dieux et ne croient qu'à un seul Etre divin.

- Entre nous, mon cher, qui croit encore aux dieux ? Dit Néron en riant.

- Mais les chrétiens adorent un homme qui a été crucifié quelque part en Syrie ou en Palestine sous l'empereur Tibère. En outre, ils se refusent à brûler de l'encens devant ta statue, auguste empereur.

- Ils s'y refusent ? Fit Néron avec indignation. - C'est impardonnable. On peut croire ces gens-là capables de tous les crimes et même d'avoir brûlé Rome. »

* * *

Au cours des jours suivants, les sbires de Tigellin et la police secrète impériale se mirent à la recherche des chrétiens. On les arrêta dans leurs maison, dans leurs ateliers, dans les barraques et sous les tentes où logeaient les victimes de l'incendie et on les jeta en prison. Les Juifs furent les plus zélés auxiliaires de la police. Ils connaissaient en effet les lieux de réunion des chrétiens et les maison où ils se rencontraient pour prier.

Les cachots souterrains du Circus Maximus se remplirent des victimes de la persécution. Les chrétiens qui avaient échappé à l'arrestation se réfugièrent dans les catacombes, les cimetières souterrains de Rome. A la lueur de torches et de lampes à huile, ils y célébraient les saints mystères et s'encourageaient mutuellement à la fidélité et à la persévérance.

Mais là aussi il y eut des traîtres. Des légionnaires et des policiers pénétrèrent dans les catacombes et arrachèrent les chrétiens de leurs autels.

Dans toutes les rues où, peu auparavant, on avait traité l'empereur incendiaire, le populace criait :

« Mort aux chrétiens ! Les chrétiens aux lions ! »

La plupart de ceux qui crient ainsi ne savent rien des chrétiens ni de leur doctrine ; mais ils sont contents d'avoir trouvé des hommes encore plus malheureux qu'eux, des hommes dont ils pourront contempler et savourer les souffrances.

Dans le Circus qui se trouvait exactement à la place où se dresse actuellement la Basilique St Pierre, l'empereur organisait des jeux sauvages. Et cette fois, on avait pour les bêtes féroces des victimes qui ne coûtaient rien. Voir livrer aux bêtes des femmes, des enfants et des vieillards, ce serait autre chose que les combats habituels de gladiateurs.

Les gradins du cirque sont pleins à craquer. L'empereur est assis avec Poppée sous un baldaquin doré dans sa loge garnie de coussins de pourpre. Il fait donner par un coup de fanfare le signal de commencer les jeux.

On ouvre les portes; A coups de fouets, on pousse les chrétiens dans l'arène. Des enfants se cramponnent, en pleurant, à leurs mères. Des vieillards à peine capables de marcher sont brutalement jetés sur la piste. Certains cachent leur visage pour dissimuler leur frayeur. D'autres s'avancent la tête haute et chantent une hymne en l'honneur de leur roi, le Christ Jésus.

« Pourquoi chantent-ils donc ? Demande Néron à Tigellin. Qu'ils cessent de chanter. Je ne veux pas les entendre.

- C'est bon, ils en perdront bientôt l'envie », répond le chef des prétoriens en riant.

Un nouveau coup de trompette. Des grilles au ras du sol sont levées. Des lions, des tigres, des panthères et des ours en sortent : ils s'arrêtent un instant, éblouis par la lumière, effrayés par le tapage de la foule, puis se précipitent en hurlant sur leurs victimes.

Néron tend le cou pour mieux voir cette scène épouvantable. Le sable fume du sang des chrétiens déchiquetés. Mais au milieu des cris des mourants retentit encore le saint cantique jusqu'à ce que le dernier des martyrs succombe sous la dent des fauves.

« Encore, encore ! S'écrie Néron. - Est-ce déjà fini ?

- Nous avons imaginé encore d'autres distractions, dit Tigellin. Tu vas voir ».

- Des chrétiens cousus dans des peaux de bêtes sont apportés dans l'arène et on lâche sur eux une bande de chiens féroces qui les mettent en pièces.

«  Encore, encore ! Dit de sa voix criarde Néron, en frappant sur ses larges cuisses. - Cela te plaît-il, ma colombe ? Demande-t-il à Poppée.

- Un magnifique spectacle. Tout à fait digne de toi, mon cher Néron.

- Tu vois. C'est toi qui le dis, dit l'empereur tout content. - Encore, encore. Est-ce que c'est fini ? »

On attache des femmes et des jeunes filles à des poteaux et on lance contre elles des taureaux sauvages qui arrachent leurs vêtements et finalement les transpercent de leurs cornes.

«  Amusant, amusant ! S'exclame l'empereur en frappant dans ses mains. Réellement une idée originale. Je dois te féliciter, Tigellin. Tu inventes toujours quelque chose de nouveau. »

Le meurtre épouvantable se prolonge durant des heures. Des esclaves n'arrêtent pas d'enfoncer des crocs en fer dans les corps des victimes pour les traîner hors de l'arène sanglante.

Enfin, la soif de meurtre est apaisée. La foule se disperse en riant. Néron et Poppée sont ramenés au palais dans leurs litières dorées. L'empereur est satisfait, surtout que le peuple qui voulait le lyncher quelques jours plus tôt, l'acclame et pousse en son honneur des cris d'enthousiasme.

« Tu as eu une fameuse idée, dit-il à Tigellin, en se frottant les mains de contentement.

- On pourra recommencer à l'occasion, répond le préfet des prétoriens.

- Oui, mais songe entre temps à une nouvelle mise en scène. Quelque chose de plus terrible encore, si c'est possible. Ce genre de spectacle favorise mon inspiration poétique. Les vers les plus magnifiques me viennent alors à l'esprit. Donne-toi donc la peine, mon cher Tigellin. »

Pendant la nuit, des chrétiens viennent plonger de petites éponges dans le sang des martyrs qu'ils conserveront comme de précieuses reliques, puis ils transportent les corps dans les catacombes où ils les déposent dans les niches creusées à cet effet; Sur les plaques qui ferment ces cavités ils gravent avec le nom des martyrs une croix et une palme et ajoutent les mots « In pace – en paix ».

Ainsi les martyrs reposent à côté de païens dont les tombeaux portent des inscriptions du genre de celle-ci :

« O toi, qui lis ces lignes, jouis de ta vie. Car après la mort il n'y a plus de joie. Bois à ma santé. »'

* * *

Le 15 août, Néron donna pour des invités choisie une fête dans ses jardins. Aux mets les plus exquis de joignaient les vins des meilleurs crus. Néron était d'excellent humeur ; il fit montre de ses talents de flûtiste, de chanteur et de harpiste ; naturellement, il recueillit force applaudissement.

Le soir venu, toutes les allées furent illuminées par des torches vivantes. C'étaient des centaines de chrétiens que Tigellin avait fait attacher à des poteaux et enduire de poix et de résine. Bientôt des cris de douleur, des prières et des râles d'agonisants étouffèrent les sons de la musique.

Néron monta sur un quadrige et parcourut les allées de son jardin, se repaissant de ce cruel spectacle.

- C'est une idée magnifique, dit-il au préfet du prétoire en descendant de son char. Mais, dis-moi, est-ce qu'on aurait oublié d'inviter mon ancien précepteur, Sénèque ? Je ne le vois pas.

- Il n'a pas été oublié.

- Alors il a été invité et il n'est pas venu ?

- Il ne trouve aucun goût à de tels spectacles, chuchota un des courtisans.

- Il n'y trouve aucun goût, répéta Néron en fronçant les sourcils. Tiens, tiens ! Et où est Pétrone ? Vous savez que j'attache une grande valeur à son jugement.

- Il n'est pas venu pour le même motif, répondit le courtisan.

- Il a eu dernièrement la triste audace de dire que tes vers ne lui plaisaient pas, auguste empereur, fit Tigellin qui haïssait le favori de Néron. Il a dit aussi, récemment, que tu avais une voix.... non, je ne puis pas répéter les mots, divin empereur. Mais il était sans doute ivre quand il a fait cette remarque.

- Quelle remarque , Allons, parle ! Qu'est-ce qu'il a dit ? Que j'avais une voix.... quelle voix ?

-Comme un ânier ivre », dit à voix basse Tigellin.

Néron se pâma comme un poisson jeté sur la terre. Ses mains grasses se crispèrent sur sa toge de pourpre.

- Je lui aurais tout pardonné, balbutia-t-il. Mais pas de dire que mes vers sont mauvais et ma voix éraillée. Tout le monde affirme que je chante comme un dieu.

- Naturellement, c'est la conviction générale, assura servilement Tigellin.

- Eh bien ! Sa voix s'éteindra bientôt pour toujours.

Peu après Pétrone reçut un message de l'empereur, lui ordonnant de se tuer. Il en prit connaissance avec calme et invita ses amis à une dernière fête magnifique, puis il se fit ouvrir les veines par son médecin.

Sénèque, qui avait reçu le même message, se fit préparer un bain parfumé d'essences précieuses et de feuilles de roses. Puis il s'ouvrit les veines et mourut avec le courage d'un philosophe stoïcien.

Pierre et Paul qui, à ce moment-là, se trouvaient loin de Rome, y retournèrent dès qu'ils eurent appris la persécution. Ils furent arrêtés et jetés en prison.

Le cachot souterrain où ils furent enfermés était autrement pénible que la captivité que Paul avait subie précédemment. Ils étaient cette fois attachés par une chaîne à un mur. Et ils savaient q'ils ne reverraient la lumière du jour que pour aller à la mort. Mais leur âme est tranquille. Ils regardent en face le martyre.

Cette torture dura des années.

« Maran atha ! » répétaient-ils souvent. « Seigneur, venez ! » En sa qualité de citoyen romain, Paul fut finalement jugé et condamné à mort. Le 29 juin 67, il était décapité.

Le même jour, Pierre aussi mourut. Il fut crucifié, la tête en bas. Mais le vieillard se réjouit en pensant qu'il expiait ainsi le moment malheureux où il avait renié son maître. Ce supplice horrible dura longtemps. Il réunit ses dernières forces pour murmurer : « Seigneur, vous qui savez tout, vous savez bien que je vous aime. »

* * *

Le cruel Néron ne devait plus vivre longtemps. Deux ans avant les deux apôtres était déjà morte l'infâme Poppée. On disait que l'empereur l'avait tuée d'un coup de pied.

En mars 68, les troupes se révoltèrent et proclamèrent Galba empereur. Lorsque Néron apprit que sa garde prétorienne aussi avait fait défection, il s'enfuit dans la maison de campagne d'un de ses affranchis. Vêtu d'une tunique en lambeaux, il passa, tremblant de peur, la nuit dans une cave. Un courrier vint annoncer que le sénat l'avait déclaré ennemi de l'Etat. En conséquence, il devait être arrêté et puni « selon l'antique usage ».

« Qu'es-ce que cela veut dire ? » balbutia-t-il d'une voix sourde.

« Le condamné est attaché à un poteau par une fourche qui encercle son cou et il est flagellé jusqu'à la mort » expliqua l'affranchi.

Alors Néron tira son poignard. Mais sa main tremblait tellement qu'elle pouvait à peine le tenir. Ce fut son ancien esclave qui lui transperça la gorge.

« Qualis artifex pereo !  - quel artiste disparaît avec moi ! « gémit cet orgueilleux en mourant. C'est ainsi que finit le grand persécuteur du Christ.

Après cette sanglante tempête la communauté romaine prospéra de plus belle. Le Toscan Lin succéda à Pierre comme évêque de Rome et pasteur suprême de toute l'Eglise.

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Extrait de l'ouvrage du Père Hunermann : "Histoire du Royaume de Dieu" aux Editions Pamphiliennes.

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