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" (...)  Quand une âme est ainsi fidèle à suivre pas à pas le Christ Jésus, à se laisser imprégner par l'Esprit-Saint des vérité d'en haut et à y conformer sa vie, Dieu l'amène peu à peu à l'état d'oraison. C'est la troisième étape : celle de la vie unitive, où l'âme s'attache uniquement à Dieu, au Christ. Elle peut s'approprier la parole de l'Apôtre. "Qui me séparera de la charité du Christ" ? (Rom. 8,35). Il y a bien des degrés dans cet état, mais il est certain que le jour viendra où Dieu nous élèvera au degré qui convient à chacun de nous, si nous demeurons généreusement fidèles à ne chercher que lui : Je suis ta très grande récompense. (Gn 15,1)

 

A mesure, en effet, que l'âme se dépouille d'elle-même, Dieu agit de plus en plus en elle ; il attire à lui toutes les facultés de l'âme pour en simplifier l'exercice. L'oraison devient plus simple, l'âme ne sent plus le besoin de beaucoup réfléchir, de beaucoup penser, de beaucoup parler ; l'action directe de Dieu se fait plus profonde ; l'âme est devant Dieu, pour ainsi dire, immobile, sachant qu'il est là, intimement unie à lui par un acte d'amoureuse adhésion, encore que cet acte s'enveloppe des ténèbres de la foi. On pourrait comparer cette union à celle de deux âmes qui savent ce qu'elles pensent sans se parler, et sont en complète union de sentiments sans avoir besoin de les exprimer. Telle est la contemplation : l'âme regarde Dieu, l'aime et se tait. Et Dieu la regarde et la comble. C'est ce que font les personnes qu'unit un profond amour : quand elles ont tout dit, elles se taisent et se regardent : dans ce regard silencieux se ramasse tout l'amour et se traduisent toutes les tendresses. L'âme demeure dans cette oraison de foi, unie à Dieu, au Christ Jésus, sans qu'un intermédiaire s'interpose entre eux et elle. L'âme met tout de côté, pour ainsi dire, tout ce que les sens, l'intelligence naturelle, les symboles révélés même, disent de Dieu, pour se reposer dans la foi pure.

Elle pourrait dire à Dieu : "Puisque je ne puis vous voir tel que vous êtes, je ne veux point de symboles ni d'images ; je préfère identifier mon intelligence avec celle du Christ et vous contempler par ses yeux, car lui vous voit, ô mon Dieu, tel que vous êtes." Dans ce rendez-vous de l'âme avec son Dieu, dans ce contact immédiat avec le Bien-Aimé, l'âme se livre, et elle trouve tout son bien, car Dieu se communique aussi à elle, en se révélant. Ce contact de foi et d'amour est parfois très court, ne dure que peu d'instants, mais il suffit à remplir l'âme de clartés ; l'amour de Dieu devient le sien, l'activité divine transforme la sienne.

Cette union avec Dieu dans la foi est très simple mais très féconde. Pour l'âme qui en vit se réalise la parole du Seigneur dans l'Ecriture : "je ferai de toi mon épouse dans la foi et tu sauras que je suis le Seigneur". (Os 2, 20). Que doit faire l'âme ? Se livrer, se laisser prendre ; Dieu touche l'âme, il en saisit toutes les fibres pour les ramener à lui comme à leur centre ; c'est une étreinte divine, dans laquelle l'âme, malgré les aridités qui peuvent se produire, malgré les ténèbres, malgré son impuissance, doit se livrer à la main de l'artiste divin pour se laisser transfigurer.

La fécondité de cette oraison lui mérite le nom de transformante. Il est dit que dans le ciel "nous serons semblables à Dieu parce que nous le verrons tel qu'il est". (1 Jn 3,2) Aussitôt que l'âme bienheureuse voit Dieu, elle s'identifie avec lui dans l'intelligence par la vérité, et dans la volonté par l'amour. Dans la mesure du possible, l'âme sera non pas égale évidemment -mais semblable à Dieu : la vision béatifique opère cette transformation, de rendre l'âme semblable à Dieu, au point qu'elle lui est unie dans l'unité. Or, qu'est-ce qui, durant cette vie, prélude pour nous à la vision des élus ? L'oraison dans la foi. L'âme en contemplant Dieu par la foi dans l'oraison, voit ses perfections et toute vérité ; elle se livre à cette vérité ; et voyant ainsi en Dieu le Bien souverain, le Bien unique, sa volonté s'unit à cette volonté divine, source pour l'âme de toute béatitude : et plus cette adhésion est puissante, plus l'âme est unie à Dieu. C'est pourquoi l'oraison dans la foi est si précieuse pour l'âme. Nous devons désirer arriver à un haut degré dans cette oraison, c'est à dire atteindre à cette union pleine d'amour et très simple à Dieu, qui résulte d'une effusion de la très pure lumière divine.

Le prix de cette union est bien grand ; car celle-ci transforme parfois une âme en très peu de temps. Plongez une barre de fer dans le feu ; le fer ne tarde pas à participer à toutes les qualités du feu. Dieu est une fournaise, l'âme qui se  plonge en Dieu par l'oraison toute remplie de lumière et de chaleur, son amour s'accroît dans d'immenses proportions, et c'est là une grâce de choix. Dieu agit alors dans l'âme beaucoup plus que l'âme elle-même. Il opère en elle, le Saint Esprit l'a prise en mains. On accomplit alors avec une grande facilité et beaucoup mieux, ce qu'auparavant on faisait très imparfaitement. Dieu produit lui-même les vertus à l'acquisition desquelles nous avions autrefois travaillé péniblement. Cet état est donc excessivement désirable, les Pères l'ont toujours regardé comme la perfection, le couronnement normal de toute la vie spirituelle. Loin de produire l'orgueil, il fait naître dans l'âme un très profon sentiment de son néant, car il est impossible à la créature de comprendre la grandeur du Dieu sans qu'elle saisisse en même temps sa propre petitesse.

Toutefois ce serait une erreur de croire que l'on peut arriver à un haut degré de cette oraison, sans avoir beaucoup travaillé et beaucoup souffert pour Dieu et sa gloire. Dans les conditions ordinaires de sa Providence, Dieu ne se donne à l'âme avec cette plénitude qu'au soir de la vie, quand l'âme a prouvé, par une constante fidélité aux inspirations de la grâce qu'elle est tout entière à Dieu et qu'en toutes choses, elle ne recherche véritablement que lui seul. (...)"

 

Extrait des Oeuvres spirituelles de Dom Marmion (chap. 15 §6 l'état d'oraison dans la vie unitive)

 

 

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Tag(s) : #Liturgie Doctrine

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