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A quelques jours de la fête de l'Annonciation (25 mars), comment ne pas aborder une autre "Annonciation", celle à saint Joseph.
Dom Delatte, abbé de Solemse, dans l'Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu donne ce commentaire.

 

"Tandis que celle de Saint Luc regarde Notre Dame, celle que rapporte saint Matthieu concerne saint Joseph. Elles sont naturellement indépendantes, sans qu'il y ait entre l'une et l'autre aucune trace de contradiction ; chacune d'elles atteste, à sa manière, (...), les mêmes faits d'histoire et la même doctrine. Tout est dit avec la même sobriété et la même délicatesse que chez saint Luc.

En dehors donc de toute relation conjugale, il advint que marie se trouva mère. C'était l'oeuvre de l'Esprit Saint (...). Mais la Sainte Vierge garda le silence sur le mystère. Et, non plus qu'elle-même, saint Joseph, dans son humilité, ne pouvait soupçonner la glorieuse destinée que Dieu lui avait réservée; Il avait donc besoin, lui aussi, d'une annonciation. Avant de la raconter, saint Matthieu nous livre l'état d'âme de l'époux de Marie (St Matthieu 1, 18-25). Il était juste et observateur de la loi. Il n'ignorait pas les conditions du mariage sacré contracté avec Notre Dame, le voeu de virginité accompli par elle, accompli par lui. Or, tout lui semblait démenti maintenant par les apparences. La loi mosaïque était sévère : une épouse infidèle, livrée au jugement, encourait la peine de la lapidation, celle du feu autrefois ; le mari pouvait l'abandonner : mais l'acte de répudiation, libellus repudii, mentionnait, ordinairement du moins, le motif de l'abandon ; c'était un document public, dressé devant témoins. Il y a comme une sorte de moyen terme dans la résolution que va prendre saint Joseph, moyen terme douloureux et respectueux à la fois. Ne pouvant se soustraire à la réalité, ne pouvant accepter comme sien un enfant dont il ignore l'origine ni demeurer avec sa mère, incapable pourtant de conclure à une faute, tant il sait la pureté de Notre Dame, et bien résolu à ne point la dénoncer publiquement, il songe à la quitter, à la renvoyer, mais sans éclat, aussi secrètement qu'il le pourra. Du moins, c'est l'hypothèse qui s'offre à lui et vers laquelle il incline, comme pouvant seule donner satisfaction à toutes les exigences. Rien ne montre plus vivement que cette anxiété de Joseph l'admirable virginité des deux époux.

Tandis que Joseph portait dans son âme le douloureux problème, un ange du ciel, probablement Gabriel, se présenta à lui pendant le sommeil. La Sainte Vierge veillait, lorsque l'ange s'adressa à elle : on lui demandait un consentement ; saint Joseph pouvait dormir : on lui donnait seulement une explication. L'ange est délicat et affectueux dans ses formules : « Joseph, fils de David... » On lui rappelle, par le nom qui lui est donné, une prophétie que la race de David avait dû conserver avec soin ; on le prépare à reconnaître à l'enfant les droits davidiques. « N'hésitez pas à garder auprès de vous Marie votre épouse. Que nul scrupule légal ne vous arrête, qu'aucun soupçon ne naisse en votre esprit : il n'y a pas de tache en Marie. Ce qui est né en elle est l'oeuvre de l'Esprit Saint ». Cela suffisait à Joseph pour le passé et le présent ; le reste de l'annonciation concerne l'avenir du Fils prédestiné. Car c'est un fils que l'épouse vierge mettra au monde ; et l'époux vierge, par une disposition divine, le reconnaîtra pour sien. Le Verbe incarné n'est pas simplement, en effet, le fils adoptif de saint Joseph ni saint Joseph simplement le père de de Notre Seigneur Jésus-Christ au titre d'un amour vraiment paternel : il est le père du Seigneur parce que le Seigneur est le vrai fils de son épouse ; parce qu'il est le fruit béni de cette virginité féconde dont lui, Joseph, est le gardien, l'appui, le témoin. Le Fils de Dieu est donc à lui, et il lui imposera un nom, comme Zacharie l'a fait pour son enfant. « Vous l'appellerez Jésus », dit l'ange. Et il donne la raison de ce nom qui signifie « Yahweh sauveur » : car il délivrera son peuple de ses péchés. (…)

Jamais nous ne songerons assez aux sentiments qu'éveillèrent dans le coeur de Joseph les paroles angéliques. Dieu lui montra quelle place lui était faite dans son éternel dessein. Nous pressentons un peu la vénération nouvelle qu'il conçut pour son épouse, Mère de Dieu, l'attitude d'adoration où il entra devant le Verbe fait chair qui venait se ranger sous sa tutelle et sous sa paternité : il devenait auprès de lui l'ombre créée du Père éternel. Mais surtout nous devinons l'abîme de silence et d'humilité où sa vie se perdit dès lors. L'écriture n'a pas conservé une seule de ses paroles. C'était lui le chef de la Sainte Famille : il commandait, tel était son devoir ; la Sainte Vierge obéissait, le Seigneur aussi. Quelle vie ! Quelle destinée ! Une joie silencieuse, profonde, un recueillement infini ; et, après Bethléem, de longues années encore où il vit grandir chez lui, tout près de lui, le Fils de Dieu. C'est le travail obscur de ce patriarche qui a gardé au coeur de Notre Seigneur Jésus-Christ le sang qu'il voulait verser pour nous, le sang qu'il voulait nous donner dans l'Eucharistie. Comme on comprend bien que ses lèvres demeurent scellées, tant son coeur frémit, tant son âme est pleine, à l'heure où, dans un regard d'admiration et de pieuse tendresse, il demande pardon à Dieu et à la Sainte Vierge de son inquiétude d'un instant. « Et Joseph, sortant du sommeil, fit comme l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il garda son épouse ».

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Tag(s) : #Liturgie Doctrine

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