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Jacques de Voragine (Iacoppo da Varazze, Jacobus da Varagine) (Varazze, vers 1228 - Gênes, 1298), était un chroniqueur italien du Moyen Âge, archevêque de Gênes et auteur de la Légende dorée, célèbre ouvrage racontant la vie d'un grand nombre de saints et saintes, martyrs chrétiens, ayant subi les persécutions des Romains. Il est aussi l'auteur d'une Chronique de la cité de Gênes, de plusieurs recueils de sermons, et de quelques autres opuscules.

 

Il a été béatifié en 1816. Il est fêté le 13 juillet.

 

22 février : fête de la CHAIRE DE SAINT PIERRE, APOTRE


Il y a trois sortes de chaires: savoir, la royale (II, Rois, XXIII) : « David s'assit dans la chaire, etc. ; la sacerdotale (I, Rois, 1) : « Héli était assis sur son siège, etc. » ; la magistrale (saint Matth., XXIII) : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse, etc. » Or, saint Pierre s'assit sur la chaire royale, parce qu'il fut le premier de tous les rois : sur la sacerdotale, parce qu'il fut le pasteur de tous les clercs; sur la magistrale, parce qu'il fut le docteur de tous les chrétiens.

 

L'Eglise fait la fête de la chaire de saint Pierre parce que l’on rapporte que saint Pierre fut élevé à Antioche sur le siège cathédrale. On peut attribuer l’institution de cette solennité à quatre motifs.

 

Le premier c'est que saint Pierre, prêchant à Antioche, Théophile, gouverneur de la ville, lui dit : « Pierre, pour quelle raison bouleverses-tu mon peuple ? »
Or, comme Pierre lui prêchait la foi de J.-C., le gouverneur le fit enchaîner avec ordre de le laisser sans boire ni manger. Mais comme Pierre allait presque défaillir, il reprit un peu de force, et, levant les yeux au ciel, il dit :
« Jésus-Christ, secours des malheureux, venez à mon aide; je vais succomber dans ces tribulations. »
Le Seigneur lui répondit : « Pierre, tu crois que je t'abandonne ; tu fais injure à ma bonté, si tu ne crains pas de parler ainsi contre moi. Celui qui subviendra à ta misère est proche. »
Or, saint Paul, apprenant que saint Pierre était en prison, vint trouver Théophile et s'annonça à lui comme un ouvrier très habile en toutes sortes de travaux et d'art ; il dit qu'il savait sculpter le bois et, les tables, peindre les tentes et que son industrie s'exerçait sur beaucoup d'autres objets encore. Alors Théophile le pria instamment de se fixer à sa cour. Quelques jours se passèrent, et Paul entra en cachette dans la prison de, saint Pierre. En le voyant presque mort et tout défait, il se mit à pleurer très amèrement, et pendant qu'il fondait en larmes et au milieu de ses embrassements il s'écria :
« O Pierre, mon frère, ma gloire, ma joie, la moitié de mon âme, me voici, j'entre, reprenez des forces.»
Alors Pierre, ouvrant les veux et le reconnaissant, se mit à pleurer, mais il ne put lui parler, et Paul, s'approchant, parvint à peine à lui ouvrir la bouche; et en lui faisant avaler quelque nourriture il le ranima un peu. La nourriture ayant rendu de la force à saint Pierre, celui-ci se jeta dans les bras de saint Paul, l’embrassa et ils pleurèrent beaucoup tous les deux.
Paul étant sorti avec précaution vint dire à Théophile :
« O bon Théophile, vous jouissez d'une grande gloire ; votre courtoisie est celle d'un ami honorable. Un petit mal déshonore grand bien rappelez-vous la manière dont vous avez traité un adorateur de Dieu, qui s'appelle Pierre ; comme s'il avait grande importance. Il est couvert de haillons, défiguré, il est consumé de maigreur, tout est vil chez lui : ses discours seuls le font valoir : et vous tenez pour bien séant de le mettre en prison ? Si plutôt il jouissait de son ancienne liberté, il pourrait vous rendre de meilleurs services, car selon qu'on le dit de cet homme, il guérit les infirmes, il ressuscite les morts. »
Théophile lui dit : « Ce sont des fables. que tu me dis là, Paul; car s'il pouvait ressusciter des morts, il se délivrerait lui-même de sa prison. »
Paul  répondit: « De même que son Christ est ressuscité d'entre les morts; d'après ce qu'on dit, lui qui ne voulut pas descendre de la croix, on dit encore qu'à son exemple, Pierre ne se délivre pas et ne craint nullement de souffrir pour le Christ. »
Théophile répondit : « Alors dis-lui qu'il ressuscite mon fils qui est mort depuis quatorze ans déjà et je le rendrai libre et sauf: »
Paul entra, donc dans la prison de saint Pierre et lui dit comment il avait promis la. résurrection du fils du prince.
Pierre lui dit  : « C'est énorme, Paul, ce que tu as promis; mais avec la puissance de Dieu elle est très facile. »
Or, Pierre ayant été tiré du cachot, fit ouvrir le tombeau, pria pour le mort qui ressuscita à l’instant .
Alors Théophile et le peuple entier d'Antioche et d'autres encore en grand nombre crurent au Seigneur et bâtirent une, grande église; au milieu de laquelle ils placèrent une chaire élevée pour saint Pierre afin qu'il plat être vus et écouté de tous. Il y siégea sept ans, puis il vint à Rome où il siégea vingt-cinq ans sur la chaire romaine.

L'Eglise célèbre la mémoire de ce premier honneur, parce que, à dater de cette époque, les prélats de l’Eglise commencèrent à être exaltés en puissance, en nom et en lieu.
Alors fut accomplie cette parole du Psaume CVI : «Qu'on l’exalte dans l’assemblée du peuple».

 
Il faut observer qu'il y a trois églises où saint Pierre fut exalté : dans l’église militante, dans l’église des méchants et dans l’église triomphante.

 

De là, trois fêtes que l’Eglise célèbre en son nom :

 

-  Il a été exalté dans l’église militante, en la présidant, et en la dirigeant avec, honneur par son esprit, sa foi et ses mœurs. C'est l’objet de la fête de ce jour qui est appelée Chaire, parce qu'il reçut le pontificat de l’Eglise d'Antioche, et qu'il la gouverna glorieusement l’espace de sept ans.

- Secondement, il fut exalté dans l’église des méchants, en la détruisant et en la convertissant à la foi. Et c'est l’objet de la seconde fête qui est celle de saint Pierre aux liens. Ce fut en effet en cette occasion qu'il détruisit l’église des méchants, et qu'il en convertit beaucoup à la foi.

- Troisièmement, il fut exalté dans l’Eglise triomphante, en entrant dans le ciel avec bonheur, et c'est l’objet de la troisième fête de saint Pierre qui est celle de son martyre, parce qu'alors il, entra en l’Eglise triomphante.

 

On peut remarquer qu'il y a plusieurs autres raisons pour lesquelles l’Eglise célèbre trois fêtes en l’honneur de saint Pierre; pour son privilège, pour sa charge, pour ses bienfaits, pour la dette dont nous lui sommes redevables et pour l’exemple.

1° ) Pour son privilège. Il en est trois que saint Pierre reçut à l’exclusion des autres apôtres, et c'est pour ces trois privilèges que l’église l’honore trois fois chaque année. Il fut le plus digne en autorité, parce qu'il a été le prince des apôtres et qu'il a reçu les clefs du royaume des cieux : il fut plus fervent dans son amour; en effet il aima J.-C. d'un amour plus grand que les autres, comme cela est manifeste d'après différents passages de l’Évangile. Sa puissance fut plus efficace, car on lit dans les Actes des Apôtres que sous l’ombre de Pierre étaient, guéris les infirmes.

2°)  Pour sa charge, car il remplit lés fonctions de la prélature: sur l’Église universelle; et de même que Pierre fut le prince et le prélat de toute l’Église répandue dans les trois parties du monde, qui sont l’Asie, l’Afrique et l’Europe, de même l’Église célèbre sa fête trois fois par an.

3°)  Pour ses bienfaits, car. saint Pierre, qui a reçu le pouvoir de lier et d'absoudre, nous délivre de trois sortes de péchés, qui sont les péchés de pensée, de parole et d'action, ou bien des péchés que nous avons commis contre Dieu, contre le prochain et contre nous-mêmes. Ou ce bienfait peut être le triple bienfait que le pécheur obtient en l’Église par la puissance des clefs : le premier, c'est la déclaration de l’absolution de la faute; le second, c'est la commutation de la peine éternelle en une peine temporelle; le troisième, c'est la rémission d'une partie de la peine temporelle. Et c'est pour ce triple bienfait que saint Pierre doit être honoré par trois fois.

4°)  Pour la dette dont nous lui sommes redevables, car il nous soutient et nous a soutenus de trois manières : par sa parole, par son exemple, et par des secours temporels, ou bien par le suffrage de ses prières ; c'est pour cela que nous sommes obligés à l’honorer par trois fois.

5°)  Pour l’exemple; afin qu'aucun pécheur ne désespère, quand bien même il eût renié Dieu trois fois, comme saint Pierre, si toutefois, il veut le confesser comme lui de coeur, de bouche et d'action.

 

Le second motif pour lequel cette fête a été instituée est pris de l’itinéraire de saint Clément. Lorsque saint Pierre, qui prêchait la parole de Dieu, était près d'Antioche, tous les habitants de cette ville allèrent nu-pieds au-devant de lui, revêtus de cilices, la tête couverte de cendres; en faisant pénitence de ce qu'ils avaient partagé les sentiments de Simon le magicien contre lui. Mais Pierre, envoyant leur repentir, rendit grâces à Dieu : alors ils lui présentèrent tous ceux qui étaient tourmentés par les souffrances, et les possédés du démon. Pierre les ayant fait placer devant lui et ayant invoqué sur' eux le nom du Seigneur, une immense lumière apparut en ce lieu, et tous furent, incontinent guéris. Alors ils accoururent embrasser les traces des pieds de saint Pierre. Dans l’intervalle de sept jours, plus de dix mille hommes reçurent le baptême, en sorte que Théophile, gouverneur de la ville, fit consacrer sa maison comme basilique, et y fit placer une chaire élevée afin que saint Pierre fût vu et entendu de tous. Et ceci ne détruit pas ce qui a été avancé plus haut.: Il peut en effet se faire que saint Pierre, par le moyen de saint Paul, ait été reçu magnifiquement par Théophile et par tout le peuple, mais .qu'après le départ de saint Pierre, Simon le magicien ait perverti le peuple, l’ait excité contre saint Pierre, et que, dans la suite, il ait fait pénitence et reçu une seconde fois l’apôtre avec de grands honneurs.

 

Cette fête de la mise en chaire de saint Pierre est ordinairement appelée la fête du banquet de saint Pierre et c'est le troisième motif de son institution. Maître Jean Beleth dit que c'était une ancienne coutume des gentils de faire chaque. année, au mois de février, à jour fixe, des offrandes de viandes sur les tombeaux de leurs parents : ces viandes étaient, consommées la nuit par les démons; mais les païens pensaient qu'elles étaient saccagées par les âmes errantes autour des tombeaux, auxquelles ils donnaient le nom d'ombres. Les anciens en effet avaient l’habitude de dire, ainsi que le rapporte le même auteur,  que dans les corps humains ce sont des âmes, dans les enfers ce sont des mânes : mais ils donnaient aux âmes le nom d'esprits quand elles montaient au ciel et celui d'ombres quand la sépulture était récente ou quand elles erraient autour des tombeaux. Or, cette coutume touchant ces banquets fut abolie difficilement chez les chrétiens : les saints Pères, frappés de cet abus et décidés à l’abolir, tout à fait, établirent la fête de l’intronisation de saint Pierre, aussi bien de celle  qui eut lieu à Rome que de celle qui se fit à Antioche; ils la placèrent à pareil, jour que se tenaient ces banquets, en sorte que quelques-uns lui donnent encore le nom de fête du banquet de saint Pierre. (Saint Augustin, au livre VI de ses Confessions, parle de cet usage qui subsistait encore en 570, dans les Gaules, d'après un concile de Tours).

 

Le quatrième motif de l’institution de cette fête se tire de la révérence que l’on doit à la couronne cléricale : car d'après une tradition, c'est là l’origine de la tonsure. En effet quand saint Pierre prêcha à Antioche, on lui rasa le haut de la tête, en haine du nom chrétien : et ce qui avait été pour saint Pierre un signe de mépris par rapport à J.-C. devint dans la suite une marque d'honneur pour tout le clergé.

Mais il faut faire attention à trois particularités par rapport à la couronne des clercs : la tête rasée, les cheveux coupés à la tête, et le cercle qui la forme.

- La tête est rasée dans sa partie supérieure pour trois raisons. Saint Denys, dans sa Hiérarchie ecclésiastique, en assigne deux que voici : « Couper les cheveux, signifie une vie parée et sans forme : car trois choses résultent des cheveux coupés ou de la tête rasée, qui sont : conservation de propreté, changement de forme, et dénudation. Il y a conservation de propreté puisque les cheveux font amasser des ordures dans la tête ; changement de forme, puisque les cheveux sont pour l’ornement de la tête ; la tonsure signifie donc une vie pure et sans forme. Or, cela veut dire que les clercs doivent avoir la pureté de coeur à l’intérieur, et une manière d'être sans forme, c'est-à-dire sans recherche, à l’extérieur. La dénudation indique qu'entre eux et Dieu, il ne doit se trouver rien, mais qu'ils doivent être unis immédiatement à Dieu et contempler la gloire du Seigneur sans avoir de voile qui leur couvre le visage.

- On coupe les cheveux de la tête pour donner à comprendre par là que les clercs doivent retrancher de leur esprit toutes pensées superflues, avoir toujours l’ouïe prête et disposée à la parole de Dieu, et se détacher absolument des choses temporelles, excepté dans ce qui est de nécessité.

- La tonsure a la figure d'un cercle pour bien des raisons :

1°) parce que cette figure n'a ni commencement ni fin; ce qui indique que les clercs sont les ministres d'un Dieu qui n'a aussi ni commencement ni fin;

2°) parce que cette figure, qui n'a aucun angle, signifie qu'ils ne doivent point avoir d'ordures en leur vie; car, ainsi que dit saint Bernard, ou il y a angle, il y a ordures ; et ils doivent conserver la vérité dans, la doctrine; car, selon saint Jérôme, la vérité n'aime pas les angles;

3°) parce que cette figure est la plus belle de toutes ; ce qui a porte Dieu à faire les créatures célestes avec cette figure, pour signifier que les clercs doivent avoir la beauté de l’intérieur dans le coeur et celle de l’extérieur dans la manière de vivre ;

4°) parce que cette figure est de toutes la plus simple : d'après saint Augustin, aucune figure n'est obtenue avec une seule ligne, il n'y a que le cercle seulement qui n'en renferme qu'une ; on voit par là que les clercs doivent posséder la simplicité des colombes, selon cette parole de l’Evangile : « Soyez simples comme des colombes. »

 

 

Trouvé sur : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome01/046.htm

 

Jacques-de-Voragine.jpg

 

Tag(s) : #Prières

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